On copie un fichier Google Sheets vers Excel, on ouvre le classeur, et les formules de différence de dates renvoient des valeurs aberrantes ou des erreurs #NUM!. Le problème ne vient presque jamais de la formule elle-même, mais de la façon dont chaque tableur stocke et interprète les dates en interne. Adapter ses formules de date différence entre Google Sheets et Excel demande de comprendre trois points précis, pas davantage.
Le bug de 1900 dans Excel fausse les calculs de différence de dates
Google Sheets et Excel ne comptent pas les jours de la même manière avant mars 1900. Excel considère l’année 1900 comme bissextile et accepte la date du 29 février 1900, qui n’a jamais existé. Google Sheets refuse cette date.
En pratique, les numéros de série sont décalés d’un jour pour toute date antérieure au 1er mars 1900. Une soustraction simple comme =B1-A1 entre deux dates anciennes peut donc renvoyer un résultat différent d’un jour selon le logiciel, sans aucun message d’erreur.
On rencontre rarement ce cas sur des données récentes. En revanche, pour des fichiers d’archives, de généalogie ou de données historiques, le décalage passe inaperçu et contamine tous les calculs en aval. La seule parade fiable : vérifier manuellement un échantillon de dates anciennes après import et comparer les numéros de série bruts dans les deux outils.

DATEDIF entre Google Sheets et Excel : mêmes noms, comportements différents
La fonction DATEDIF existe dans les deux tableurs. Elle accepte les mêmes arguments : date de début, date de fin, et une unité (« Y », « M », « D », « MD », « YM », « YD »). On pourrait croire que la migration se fait sans retouche.
Le paramètre « MD » pose problème dans Excel
Le paramètre « MD » (nombre de jours en ignorant les mois et les années) est réputé instable dans certaines versions d’Excel. Il peut renvoyer des résultats négatifs ou une erreur #NUM! sur des plages de dates que Google Sheets traite sans broncher. Les retours varient sur ce point selon la version d’Excel utilisée, mais le risque existe dès qu’on migre un fichier.
Quand on utilise DATEDIF avec « MD » dans Google Sheets, remplacer « MD » par une formule manuelle dans Excel évite le problème. La formule de remplacement repose sur une soustraction entre la date de fin et une date reconstruite avec les fonctions ANNEE, MOIS et JOUR :
=JOUR(B1)-JOUR(A1)+SI(JOUR(B1)<JOUR(A1);JOUR(FIN.MOIS(A1;0));0)
Ce n’est pas élégant, mais c’est fiable sur toutes les versions d’Excel.
DATEDIF n’apparaît pas dans l’autocomplétion Excel
Autre source de confusion : Excel ne propose pas DATEDIF dans sa liste de fonctions. La fonction fonctionne si on la tape manuellement, mais elle n’est pas documentée officiellement par Microsoft. On peut l’utiliser, on ne la trouvera pas via l’assistant de formules. Sur Google Sheets, elle apparaît normalement dans l’autocomplétion.
Format de date et paramètres régionaux : la source d’erreur silencieuse
Un fichier créé dans Google Sheets avec les paramètres régionaux français stocke les dates au format JJ/MM/AAAA. Quand on l’exporte en .xlsx et qu’on l’ouvre dans Excel configuré en anglais (ou sur un poste dont les paramètres régionaux Windows sont en anglais), Excel peut interpréter 05/06/2025 comme le 6 mai au lieu du 5 juin.
Le problème : la cellule affiche toujours une date qui ressemble à une date valide. Aucune erreur n’apparaît. On ne s’en aperçoit que lorsque les calculs de différence renvoient des durées incohérentes.
Pour éviter cette inversion silencieuse :
- Vérifier que les paramètres régionaux de Google Sheets (Fichier > Paramètres) correspondent à ceux du système Windows ou macOS sur lequel Excel est installé
- Avant l’export, convertir les dates en format ISO 8601 (AAAA-MM-JJ) dans Google Sheets via un formatage personnalisé, puis reformater dans Excel après import
- Tester sur trois ou quatre dates connues que le jour et le mois n’ont pas été inversés, en particulier pour les dates où le jour est inférieur ou égal à 12
Fonctions de calcul de date : équivalences et pièges de traduction
Les deux tableurs partagent la majorité de leurs fonctions de date. Avec 468 fonctions communes par nom entre Excel et Google Sheets, la plupart des formules classiques passent sans modification. Les écarts se nichent dans les détails.
NB.JOURS.OUVRES et jours fériés
La fonction NB.JOURS.OUVRES (ou NETWORKDAYS) fonctionne dans les deux outils. En revanche, la liste de jours fériés passée en troisième argument ne se transfère pas automatiquement. Si ces jours fériés sont dans un onglet séparé de Google Sheets, vérifier que la plage référencée existe toujours après import dans Excel.
FRACTION.ANNEE et conventions de calcul
FRACTION.ANNEE (YEARFRAC) accepte un argument de base de calcul (0 à 4) qui détermine la convention de comptage des jours. La base par défaut est 0 dans les deux tableurs, mais si une formule omet cet argument, le comportement reste identique. Le piège survient quand on change volontairement de base dans Google Sheets (base 1 ou 3) : vérifier que la même base est bien conservée après conversion.
Les 62 fonctions exclusives à Excel
Excel dispose de fonctions absentes de Google Sheets. Si on migre dans l’autre sens (Excel vers Sheets), certaines formules comme WORKDAY.INTL avec des masques de week-end personnalisés peuvent ne pas se convertir correctement. Toujours tester le fichier converti sur un échantillon de lignes avant de valider.

Checklist de migration des formules de date
Avant de considérer qu’un fichier est opérationnel après passage de Google Sheets à Excel (ou l’inverse), quelques vérifications systématiques s’imposent :
- Comparer les numéros de série de trois dates (une récente, une ancienne, une ambiguë comme 03/04/2025) entre les deux outils
- Rechercher toutes les occurrences de
DATEDIFavec le paramètre « MD » et les remplacer par une formule explicite dans Excel - Vérifier que les paramètres régionaux du fichier source correspondent à ceux du logiciel cible
- Contrôler les plages nommées ou les références inter-onglets utilisées dans
NB.JOURS.OUVRESouFRACTION.ANNEE
La plupart des erreurs de différence de dates entre Google Sheets et Excel ne déclenchent aucun message d’alerte. Un résultat faux de un jour sur un calcul d’ancienneté ou un écart de mois sur une échéance contractuelle passe facilement inaperçu. La vérification manuelle sur quelques cellules reste le filet de sécurité le plus fiable après chaque conversion.

